Notre beau métier.

8 nov. 2018

https://ldmailys.blogspot.com/2018/11/notre-beau-metier.html

Aujourd'hui (le jour où j'écris, pas celui où je publie cet article), sur la page Facebook « Le Cercle des AP et des EJE », j'ai lu un témoignage. Un témoignage qui m'a fait penser à moi, il y a près d'un an de ça. Le mal-être dans les structures (petite enfance dans mon cas, mais finalement c'est valable pour tout le monde), la sensation de ne pas être à sa place, le fait d'aller bosser avec la boule au ventre. 

Alors j'ai eu envie d'écrire. D'écrire encore à toutes ces personnes, ces jeunes et les autres qui, comme moi, sortent d'une formation en se rendant compte que ce n'était pas aussi idyllique (pour certains aspects) qu'on l'avait espéré. Que le poste que l'on a, par dépit ou par choix, ne nous correspond finalement pas. 

L'année passée, tout fraîchement diplômée et du haut de mes 22 ans, après avoir rêvé de ce diplôme, d'avoir été si fière de son obtention du concours au diplôme en main - je me suis rendue compte que le travail en crèche n'était pas celui que je voulais. Il ne correspondait pas à ma manière de voir les choses, à ma manière d'exercer et le contact avec d'autres personnes pouvant m'influencer à un tel degrés car mes valeurs n'étaient pas encore ancrées en moi. Et oui, difficile de changer nos habitudes lorsque ce n'est pas dans cette ambiance là que nous avons grandi, et que les crèches dans lesquelles nous avons été formées ne correspondait pas non plus à cela. 

Je me suis réveillée, un matin, en me disant que c'était hors de question de postuler en crèche. Je devais travailler sur moi-même, je devais être seule pour m'améliorer, sans le regard pesant des autres sur moi, sans influence, sans autre jugement que mes propres remises en question, je devais être réellement connectée avec les enfants. J'avais eu la chance d'avoir déjà travaillé à domicile - c'est donc naturellement dans cette direction que je me suis dirigée

Après un mois et demi de recherche, de rencontre infructueuses avec des parents avec lesquels je ne partageai pas les idées ou qui ne s'étaient pas rendus compte des frais que ça allait engager d'avoir une nourrice à domicile, j'ai rencontré cette famille. A peine arrivée dans la maison, que j'ai su. J'ai rencontré leur maman, dans un premier temps, et les deux enfants. Je me souviendrai toujours de cette toute petite fille blonde, qui s'est jetée sur moi quand je suis partie pour me faire le bisou le plus doux du monde et la réflexion de sa maman « Tiens, elle n'avait pas réagi comme ça avec les autres nounous ». Cette maman qui voulait pour ses enfants quelqu'un qui les aide à grandir, qui soit présente, qui ai un esprit positif et qui sois bienveillant. Elle savait bien sûr que je n'étais pas parfaite, personne ne l'est, je ne m'en cache pas. Je ne suis pas toujours bienveillante, ni toujours d'une patience d'ange, j'ai beaucoup de choses à apprendre, je manque de confiance en moi et je suis trop émotive. Mais nous voilà partis dans cette aventure, depuis un an, encore pour un an et finalement, pour toujours. 


Être seule avec les enfants, je veux dire seule « professionnelle », m'a permis de travailler sur moi-même, de lire beaucoup, de modifier mon comportement en fonction du leur. Dans la réalité, je ne suis vraiment pas seule, à domicile l'expression « coéducation avec les parents » prend tout son sens. Ils restent leurs parents, mais ils considèrent aussi que mon avis est tout aussi important (ou presque) que le leur. Évoluer dans cette famille, remplie de bienveillance, sans aucun jugement quant à ma façon d'agir avec les enfants ou de réagir est une vraie bénédiction. Pourtant, avec les métiers qu'ils exercent, ils pourraient être hautains, sous-estimer le travail que nous faisons comme tant le font - comme si notre boulot n'était rien d'autre que du gardiennage d'enfant. Mais non, ils savent. Ils savent les difficultés que ça entraîne, la force que ça demande, la patience, la remise en question, le recul. Ils savent tout ça et ça m'aide à avancer.

Parfois, souvent en fait, je suis très fatiguée car le volume horaire n'est pas comparable avec les horaires de crèche mais quelle joie de se lever le matin pour aller travailler. De se dire que ce ne sera plus une contrainte. Bien sûr que tout n'est pas rose tout le temps, il y a des journées où je n'en peux plus, des journées qui sont tellement difficiles mais elles sont aussi tellement rares ! Bien sûr que dès fois je perd les pédales, que je crie, que je pleure même parfois, certaines me diront que ce n'est pas du tout professionnel mais j'ai juste envie de leur répondre que je suis humaine. Une humaine qui a de grosses difficultés à contrôler ses propres émotions et que c'est en énorme partie pour ça que la vie en structure ne me convient pas et que je m'entraîne et que je me « soigne ». Les enfants sont tellement plus indulgents, francs, sincères et bienveillant quant à leur réflexions à propos de nous, les adultes.

La relation avec les enfants à domicile n'est pas la même, surtout sur du long terme. Ici, je fais vraiment partie intégrante de leur vie. Certains me diront que du coup, je n'ai aucun recul professionnel - je ne peux pas le nier, j'en ai beaucoup moins que si je bossais en structure mais finalement, ça m'est complètement égal. Ce que je vis dans cette relation avec les enfants et leurs parents est tellement bénéfique. 


En formation, on ne parle jamais de la garde à domicile, car ce n'est pas considéré comme un poste d'auxiliaire de puériculture, car l'intitulé n'est pas le même. Notre rôle lui, est exactement le même pourtant. Bien sûr, il n'est pas obligatoire d'avoir des formations pour exercer à domicile, certaines personnes n'en ont pas et font ça très bien, d'autres ont des formations et font un travail inadéquat. Je crois vraiment que ce type de poste est salvateur quand un ras-le-bol se fait sentir. Je ne suis pas réellement seule, quand j'ai un soucis, je peux poser ma question sur les nombreux groupes Facebook qui existent ou à mes amies, qui font bien souvent le même boulot que moi. Ensemble, on trouve des solutions, comme on le ferai en réunion en crèches. 

Je vous écris tout cela, encore, pour vous montrer mon cheminement et vous dire que vous êtes jeunes et que vous avez la vie devant vous. Et que même si vous n'êtes pas jeunes (c'est-à-dire que vous avez plus de 60 ans), vous pouvez toujours changer de boulot, vous réorienter (oui, je sais, plus facile à dire qu'à faire quand on s'est battu pour réussir cette formation et qu'on ne s'imagine nulle part d'autre), que vous pouvez toujours mettre en pause, prendre du recul, du temps pour vous - pour mieux revenir ensuite. Alors oui, on peut se tromper, en prendre conscience, changer d'avis et en changer encore, parce que rien n'est immuable, votre ressenti peut changer, en fonction de la taille de la structure, du projet, du pays, de la structure elle-même. 

Il ne faut pas vous enfermer dans une routine et dans un boulot qui vous rend malheureux. Ça en pâti sur vous, sur votre estime de soi, sur votre vie, sur votre moral, sur votre santé, sur les enfants, sur les collègues. Tout en pâtit finalement. On ne devrai pas aller travailler la boule au ventre, je crois que tout le reste n'est qu'excuse : la famille, les enfants, l'argent - j'ai la conviction que tout cela est secondaire et que si votre poste actuel ne vous convient pas c'est que vous trouverez mieux ailleurs, que quelque chose de mieux vous attend ailleurs. Toujours. Dans une autre structure, plus grande, plus petite, dont le projet pédagogique vous convient mieux, dans un autre pays, dans une autre région, dans un autre environnement (oui, parce que ça compte, je sais que je suis bien plus heureuse dans mes montagnes que j'aurai pu l'être en ville).

Aujourd'hui, quand je vois ces posts passer sur ce groupe ou d'autres, quand je lis tous les dysfonctionnement qu'il y a dans les structures d'accueil petite enfance, je suis d'autant plus heureuse de mes choix. 

Aujourd'hui, grâce aux enfants, grâce à mes amies, grâce à mon chéri, grâce à ces parents et cette famille, je me sens un peu plus prête à reprendre le chemin des structures collectives.

Affaire à suivre donc, rendez-vous dans un an.

Ici, vous avez la parole, je vous lis et vous réponds. Laissez-moi vos témoignages, vos mots, vos expériences. Je souhaite vraiment lire tout ça.

Petits Mots

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  1. Ton histoire m'intéresse particulièrement car ma meilleure amie exerce ce métier et il est vrai que le travail en crèche a été une petite désillusion par rapport à tout ce qu'elle avait appris durant ses études. Études dans lesquelles elle s'était impliquée plus que tout, pendant des années. Alors cela doit être frustrant de ne pas pouvoir appliquer pleinement ce qu'on a appris une fois en situation. Je lui parlerai du travail à domicile puisque cela me semble être une bonne façon de travailler selon ses valeurs et ses choix. Merci pour ce partage d'expérience en tout cas. C'est cool que tu aies trouvé ton équilibre :)

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    1. N'hésite pas à l'envoyer par ici, j'ai deux/trois articles sur ce sujet dans ma rubrique "Petite enfance". Le premier qui explique pourquoi je ne souhaitais plus travailler en crèche, le second qui explique mon travail de "nounou à domicile". Et si elle veut en discuter avec moi, elle peut me joindre sur Instagram ou ici, ou même sur ma page de contact si elle souhaite rester en privé ! :)

      C'est frustrant oui, mais il y a toujours une solution - j'en suis sûre. J'espère qu'elle trouvera la sienne.

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  2. Je lui en parlerai la prochaine fois que je la verrai !
    Merci en tout cas :)

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